Lettre de vœux aux jeunes d’Asnières pour l’année 2020

par le Père Julien Brissier
Vicaire sur des paroisses Sainte-Geneviève et Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours

 

En janvier, il est de coutume d’écrire des vœux. Étymologiquement, c’est exprimer ses souhaits, ses désirs ardents, ses rêves pour cette nouvelle année.
Ces vœux, je les adresse à vous, jeunes de la ville d’Asnières. Vous n’êtes pas seulement l’avenir mais bien déjà le présent. Vous êtes même un présent qui nous est offert pour espérer en notre avenir commun.

Vos projets méritent notre attention.

En fait, mes vœux, que vous lirez dans ses lignes, n’ont d’autres but que de susciter l’expression des vôtres pour vous-même, notre ville et notre monde.

En effet, je crois que vous êtes porteurs pour la gloire de Dieu et le salut du monde, de projets inédits qui n’attendent que d’être entendus, discernés, puis soutenus.

J’ose dire pour la gloire de Dieu à cause de ce verset de Saint-Matthieu : « Vous êtes la lumière du monde (…) que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. » Mt 5, 14-16

C’est à travers la réalisation de vos projets que vous révélerez vos talents et donc que votre trouverez votre mission en ce monde : votre vocation.

Car rappelez-vous ce que disait Aristote : Là où vos talents et les besoins du monde se rencontrent, là est votre vocation !

De même que je t’encourage à partager vos projets, je t’invite à partager avec au moins une personne de confiance tes aspirations les plus profondes, afin d’entrer dans la vie bienheureuse par la porte de la vocation.

« Sans Toi, notre vie tombe en ruine ! »

Trop nombreux, sont ceux qui nous annoncent que vous n’avez pas vraiment d’avenir : chômage des jeunes, tensions sociales, urgence climatique, une civilisation au bord de l’effondrement, l’engloutissement de l’homme dans le transhumanisme dont la PMA et la GPA ne sont malheureusement que les actuels prémices, l’ignorance voire l’attaque de la religion chrétienne tout comme l’intégrisme religieux.

Tellement de mauvaises annonces que nous en viendrions à faire taire vos désirs d’un monde meilleur et votre capacité à relever les défis de cette époque.

A la suite du Pape François, dans son exhortation aux jeunes, Christus Vivit, je désire dire à chacun d’entre vous :

« 107. Ne permets pas qu’ils te volent l’espérance et la joie, qu’ils te rendent toxicodépendant pour t’utiliser comme esclave de leurs intérêts. Ose être davantage, car ta personne est plus importante que quoi que ce soit. Il ne te sert à rien d’avoir ou de paraître. Tu peux arriver à être ce que Dieu, ton Créateur, sait que tu es, si tu reconnais que tu es appelé à beaucoup. Invoque l’Esprit Saint et marche avec confiance vers le grand but : la sainteté. (…)

108. Pour cela, tu as besoin de savoir une chose fondamentale : la jeunesse, ce n’est pas seulement la recherche de plaisirs passagers et de succès superficiels. Pour que la jeunesse atteigne sa finalité dans le parcours de ta vie, elle doit être un temps de don généreux, d’offrande sincère, de sacrifice qui coûtent mais qui nous rendent féconds. »

Par cette citation, je ne veux pas ignorer une certaine réalité difficile de notre monde et de nos propres vies. Mais nous sommes porteurs de paroles qui nous relèvent, comme celle-ci de Saint-Paul aux Corinthiens : « Mais ce trésor, nous le portons comme dans des vases d’argile ; ainsi, on voit bien que cette puissance extraordinaire appartient à Dieu et ne vient pas de nous. En toute circonstance, nous sommes dans la détresse, mais sans être angoissés ; nous sommes déconcertés, mais non désemparés ; nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés ; terrassés, mais non pas anéantis. » 2 Co 4, 7-9

L’urgence est à la conversion

J’aimerais donc revenir sur cette nouvelle de l’urgence écologique qui pourrait bien surpasser toutes les autres préoccupations, et qui bien souvent peut les engendrer, car tout est lié. Tout simplement car dans ce problème sont explicites les vices au cœur de l’homme : égoïsme, cupidité, tentation de toute-puissance…

Mais cette urgence ne doit pas nous entraîner à un défaitisme, ni même je le crois à une révolution qui conduirait à d’autres dégâts faisant tout autant de victimes que l’inaction. Bien plus l’urgence est à une conversion aussi contagieuse que profondément joyeuse.

Si la révolution est souvent un « J’accuse » voulant renverser mais contribuant toujours à créer de l’opposition, la conversion se doit d’être un « Je t’aime » et un chemin de communion où chacun doit vivre sa part.

Rappelez-vous cette béatitude, vous tous qui êtes appelés à la sainteté :
« Bienheureux les doux, ils auront la terre promise en héritage. »

Comme chrétiens, nous savons que cet amour et cette douceur qui sont le signe d’une conversion véritable ne peuvent naitre que du regard porté sur Jésus-Christ. Libre à vous pour initier votre conversion de choisir l’épisode à contempler, mais personnellement je n’en connais de plus puissant que la crèche ou la croix accompagnée de cette parole « Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique ».

Je ne peux te cacher qu’amour et sacrifice se tiennent la main dans un chemin de conversion. Mais les sacrifices que tu auras à faire ne sont rien ou si peu par rapport à ceux que Jésus a consenti pour te rendre capable de les faire. Une nouvelle fois, contemple la crèche ou la croix. Jésus le Fils de Dieu Tout-Puissant, a choisi la plus grande humilité et le don de sa propre vie pour te donner et donner à tous la vie en abondance et la plénitude.

Lorsque que j’étais un jeune comme toi, ou peut-être légèrement plus âgé en école d’ingénieur agricole, j’avais créé un club d’écologie pratique que j’avais appelé : « Faisons mieux avec moins ». Je dois avouer que ce club n’avait pas beaucoup de sympathisants à l’époque. Quinze ans plus tard, l’école a permis à quelques étudiants de cultiver en permaculture les abords du campus. Comme quoi, il ne faut pas craindre d’être à contre-courant. Et quelle joie de lire, il y a près de 5 ans dans Laudato Si, l’extrait suivant qui confirmait mon intuition comme étant chrétienne : « 222. La spiritualité chrétienne propose une autre manière de comprendre la qualité de vie, et encourage un style de vie prophétique et contemplatif, capable d’aider à apprécier profondément les choses sans être obsédé par la consommation. Il est important d’assimiler un vieil enseignement, présent dans diverses traditions religieuses, et aussi dans la Bible. Il s’agit de la conviction que “moins est plus”. »

Depuis, j’ai été enrichi par de multiples lectures et circonstances, comme celle d’avoir été invité par notre évêque à l’Assemblé Plénière élargie à Lourdes en novembre dernier et où a retenti cette parole :

Je compléterais donc volontiers ma devise écologique ainsi :
« Faisons mieux avec moins de consommation et plus de communion ! »

Et si finalement l’abus de consommation en tout genre était dangereux pour notre sainteté.

Rappelez-vous cette béatitude au présent :
« Bienheureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux. »

Notre être créé à l’image et à la ressemblance de Dieu n’est pas fait pour l’accumulation mais pour la communion.

« Donne nous aujourd’hui notre pain de ce jour ! »

Mais comment, sans cesse, garder le cap et maintenir ardent le désir de la communion face à tant de vents contraires.

Pour le chrétien, il y un moyen simple, mais tellement simple que beaucoup s’en détournent comme Naaman le Syrien qui refusait de se baigner simplement sept fois dans le Jourdain pour être guéri.

Ce moyen, c’est la participation active à l’eucharistie. En ce lieu, nous sommes associés au sacrifice du Christ qui se donne tout entier pour nous libérer de nos égoïsmes et pour nous unir tous à lui qui est doux et humble de cœur.

Comme je le dis souvent : pour que nombreux soient ceux qui participent, il en faut quelques-uns qui s’impliquent et généreusement.

Je tiens donc à remercier chaleureusement et à redire ma gratitude envers ceux qui s’impliquent largement ou même modestement et selon la mission qui est propre à chacun. J’ai un merci particulier pour ceux qui s’impliquent à la messe animée par les jeunes, et aussi pour ceux qui accueillent toujours mieux les enfants et des jeunes aux messes.

Saviez-vous d’ailleurs que les missions au cours d’une messe sont abondantes ? Nous en avons en effet dénombré une vingtaine. Chacun peut donc maintenant mieux trouver sa place, simplement en se décidant d’arriver en avance.

Il est particulièrement beau que l’une des volontés unanimes de notre tout récent Conseil des Jeunes ait été de demander une messe commune où tous les jeunes de notre ville seraient conviés, quel que soit son école et/ou son mouvement. Messe célébrée ce 19 janvier 2020 en présence de notre Vicaire Général qui a justement la mission de favoriser la communion.

Retenez aussi la date du 15 mars 2020 et potentiellement celle du 14 juin 2020 qui ne manqueront pas d’être des moments fort de communion pour notre communauté.

« Il a déposé en nous la parole de la réconciliation ! »

Je vous proposais la participation à l’eucharistie pour maintenir plus ardent notre désir de communion que notre envie de consommer ou d’accumuler (même des likes), mais bien des fois, c’est sans doute cette envie qu’il nous faut maîtriser pour qu’elle ne fasse pas la loi en nous. C’est alors qu’une démarche plus personnelle nous est proposée : celle d’oser demander le sacrement de réconciliation.

Pour rester dans le thème de cette lettre et pour ne pas l’allonger à l’excès, je ne reviendrai pas en détail sur la « célébration » de ce sacrement, mais seulement sur deux aspects encore peu connus ou en tout cas peu pratiqués :

Le premier aspect est que ce sacrement devrait toujours contenir la lecture de la Parole de Dieu, même et surtout quand tu le prépares seul. Car la Parole nous sort de nous-même pour nous ouvrir à Dieu qui vient alors faire la lumière sur notre vie.

Le second aspect, je le trouve justement dans la Parole de Dieu :
« En effet, la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu. » Rm 8,19

Oui, après rendu grâce pour la miséricorde infinie de Dieu et confessé notre péché envers Dieu, envers les autres et envers nous-même, il convient d’être prêt à confesser nos péchés « contre la Création » afin de recevoir grâces et forces pour vivre selon l’amour de notre créateur de qui nous avons tout reçu.

Pour une bonne part, ces péchés sont liés à notre conscience voilée quant aux conséquences de nos actes les plus quotidiens.

Permettez ici quelques citations de Laudato Si très éclairantes :

« 95. L’environnement est un bien collectif, patrimoine de toute l’humanité, sous la responsabilité de tous. Celui qui s’approprie quelque chose, c’est seulement pour l’administrer pour le bien de tous. Si nous ne le faisons pas, nous chargeons notre conscience du poids de nier l’existence des autres. Pour cette raison, les Évêques de Nouvelle Zélande se sont demandés ce que le commandement « tu ne tueras pas » signifie quand « vingt pour cent de la population mondiale consomment les ressources de telle manière qu’ils volent aux nations pauvres, et aux futures générations, ce dont elles ont besoin pour survivre ».

33. (…) À cause de nous, des milliers d’espèces ne rendront plus gloire à Dieu par leur existence et ne pourront plus nous communiquer leur propre message. Nous n’en avons pas le droit.

9. Bartholomée (…) nous a proposé de passer de la consommation au sacrifice, de l’avidité à la générosité, du gaspillage à la capacité de partager, dans une ascèse qui « signifie apprendre à donner, et non simplement à renoncer. C’est une manière d’aimer, de passer progressivement de ce que je veux à ce dont le monde de Dieu a besoin. C’est la libération de la peur, de l’avidité, de la dépendance ».

224 (…) La disparition de l’humilité chez un être humain, enthousiasmé malheureusement par la possibilité de tout dominer sans aucune limite, ne peut que finir par porter préjudice à la société et à l’environnement. Il n’est pas facile de développer cette saine humilité ni une sobriété heureuse si nous nous rendons autonomes, si nous excluons Dieu de notre vie et que notre moi prend sa place, si nous croyons que c’est notre propre subjectivité qui détermine ce qui est bien ou ce qui est mauvais.

Oui, même et y compris dans le péché, « tout est lié » ! Dieu soit loué, par les sacrements Il vient nous sauver.

Pour être cohérent avec cet appel à la conversion et rendre plus accessible ce beau sacrement de la réconciliation nous allons en cette année 2020 le proposer plus régulièrement avant la messe du dimanche soir à Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours. Sachez aussi qu’il est aussi proposé à l’heure de la sortie des classes de 17h00 à 19h00 dans nos églises.

Soyez populaires ! Soyez saints !

Ses deux mots peuvent paraître opposés, sauf si vous comprenez ce mot comme l’entend notre Pape dans son exhortation Christus Vivit n°231 : « Nous parlons de leaders réellement “populaires”, non pas élitistes ou enfermés dans de petits groupes sélectifs. (…) Ils sont alors ceux qui ont la capacité d’intégrer tout le monde, en incluant dans la marche des jeunes les plus pauvres, les plus faibles, les plus limités et blessés. Ils n’ont ni dégoût ni peur des jeunes blessés et crucifiés. »

Être populaire pour vous est souvent faire attention aux regards des autres et donc à leur jugement pour exister. Et si vous cherchiez non pas à être vu mais à émouvoir ces regards qui verront vos attitudes pleines de compassion, de clarté, de vérité et qui font monter au cœur le désir de se mettre en mouvement à votre suite.

En voici quelques exemples déjà vu avec émotion : une véritable vie de prière dans l’amitié du Christ, servir à l’Etape, l’association Un objet pour un SDF, la chorale avec les pauvres Y’a de la Joie, les visites d’une personne seule avec la Conférence St Vincent de Paul, l’annonce de notre foi en pleine rue à l’occasion de Noël ou de Pâques, porter la lumière de Bethléem et la paix dont elle est le signe, donner de son temps précieux pour éduquer d’autres jeunes d’ici ou d’ailleurs dans des projet humanitaires, décider que son corps sera le plus beau présent à l’unique personne que je choisirai d’aimer toute la vie… toujours se relever grâce à la miséricorde de Dieu.

D’autres pourront encore vous mettre en mouvement : choisir de prier pour son école dans la cour de récré, comme le faisait déjà Saint Dominique Savio, évangéliser via les réseaux sociaux comme l’a fait le vénérable Carlo Acutis, ou via des visites guidées de notre patrimoine religieux pour faire connaître Ste Geneviève, née il y a 1600 cette année, ainsi que Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours et son icône miraculeuse. Faire toujours davantage de Saint-Daniel un lieu de vie, de partage et de célébration avec vous, les jeunes, tel que l’a désiré son fondateur l’abbé Daniel Joëssel qui a offert sa vie pour les vocations et pour la persévérance des jeunes d’Asnières…

Pour concevoir et construire ses projets et plein d’autres, saisissez l’opportunité d’utiliser les lieux qui vous sont dédiés, comme le Foyer Marcel Van dans le jardin de Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours ou les salles et les jardins de Saint-Daniel.

Dans ces projets, il y aura sans doute de grands événements pour lesquels je serai des vôtres avec une grande joie et pour lesquels je vous demande de ne pas attendre pour en réserver les dates et pour entraîner vos amis. Je pense en autres, aux Christidays à Antony les 1er et 2 février prochain, au Frat de Lourdes pendant la Semaine Sainte 2020, aux Rencontres Européenne de Taizé à Turin pour le 1er de l’an 2021, aux Journées Mondiale de la Jeunesse à Lisbonne à l’été 2022.

« Visez l’éternité ! »

Voilà mon dernier vœu ! Qu’il vous guide dans les choix que vous aurez à faire au cours de cette année, afin que ces choix ne soient pas absorbés par les modes du moment ou focalisés par une réussite finalement trop matérielle.

Soyez de ces jeunes qui auront marqué leur temps et dont les noms sont déjà inscrits dans les cieux. Vivez dès maintenant de manière à être pour l’éternité les saints du 3ème millénaire !

Je vous confie sincèrement au Seigneur par l’intercession de Notre-Dame-du-Perpétuel Secours et de Sainte-Geneviève avec la prière composée par l’abbé Daniel, mon humble prédécesseur :

Oh mon Dieu,
Régnez dans nos cœurs,
Dans nos vies, nos foyers, Régnez partout,
Soyez avec tous ceux qui souffrent et qui ont besoin de Votre aide,
Éclairez ceux qui ne croient pas en Vous,
Donnez-leur la Foi,
Protégez la France,
Protégez la Terre entière.
Amen

Père Julien
vicaire