L’Ascension ou le paradoxe d’une présence invisible

Nous venons de vivre la fête de l’Ascension et il nous fait désormais nous accoutumer à cette nouvelle présence du Christ désormais silencieuse puisqu’il s’en est retourné vers le Père.
Il nous a certes fait la promesse de recevoir du père bientôt l’Esprit-Saint mais nous ne pouvons pas ne pas ressentir comme un pincement au cœur du fait qu’il ne soit plus parmi nous. Cela nous amène à réfléchir sur ce qu’est exactement la présence du Christ parmi nous.

Ecoutons la réponse du grand théologien du XX° siècle : Carl Rahner

Est-il donc loin de nous, puisqu’il est parti bien loin ?
Ah mon Dieu qu’est ce donc être proche ?
Est-on proche quand on ne peut vous toucher et vous embrasser ?
Mais n’est- ce pas ce que fit Judas sur Jésus ?
De tels gestes ne s’apparentent-ils pas plutôt à ces signaux conventionnels que s’envoient les prisonniers en frappant sur la cloison de leurs cellules afin d’oublier les barreaux de leur solitude ?
Ne faut-il pas pour être vraiment proche avoir mis entre les autres et soi-même, la distance de la mort qui vous fait descendre et pénétrer au cœur du monde ?
N’est-ce pas alors en effet que l’on est proche de tout, parce qu’on est à la racine de tout. Et ce corps de chair que nous portons, n’est il pas une chaîne qui nous rive à une mince portion d’un espace et d’un temps finis , si bien qu’il faut , pour devenir proche de tout , passer par le dépouillement de la mort et revêtir le corps céleste ?
Pourtant direz-vous, comme il paraît loin ! N’a-t-il pas dit d’ailleurs qu’il nous quittait ?

Non son langage ne fait allusion qu’à cette proximité de caractère terrestre qui n’a en définitive rien de proche. C’est à celle-là qu’il renonce … Libéré de la prison de son corps terrestre, Le Christ n’est plus à côté de nous, mais grâce à sa mort et à sa glorification, au cœur de nous-mêmes ; exactement là où nous sommes et non plus à côté.

« Voici que je suis chez vous tous les jours… » Et il nous ait dire par saint Paul : « qu’il vit en nous et nous en lui par son Esprit lui-même ».

Cet Esprit procède de lui, il est le Don par excellence de son amour, il est la vie divine elle-même que le Fils a reçue du Père. Et le Fils nous la transmet à son tour lorsque ruisselant de son cœur transpercé sur la croix, elle pénètre les profondeurs les plus secrètes de notre propre cœur.

En vérité, c’est bien parce qu’il voulait se rendre enfin proche de nous qu’il nous a quittés.
C’est parce qu’il a été élevé sur la croix et à la droite du Père qu’il est devenu proche de nous, et qu’en lui, tout est devenu proche. Car son Esprit, en lequel il nous est proche, est exactement celui auquel il donne de toute éternité, la plénitude infinie de la vie qu’il tient du Père, si bien que nous ne recevrons de lui rien de plus grand, même dans l’éternité.

Bien sûr tout cela échappe à notre expérience et c’est pourquoi, l’Ascension est malgré tout une séparation. Mais cette séparation n’en est-une qu’au plan de notre pauvre conscience. C’est dans la foi que se réalise cette proximité dans l’Esprit-Saint, et c’est à quoi nous devons nous appliquer…

Nous ne connaîtrons l’illumination intérieure que si nous acceptons de voir s’obscurcir en nous les lumières du monde et notre intimité avec le Christ grandira lorsque nous aurons l’impression de voir s’évanouir en nous le caractère sensible de sa présence… Le Christ ne nous ôte les apparences de sa présence que pour nous donner la réalité infinie indicible qu’il reçoit de son Père, que pour nous donner son Esprit. Et nous pouvons la recevoir, car en retournant dans la maison de son Père avec ce que nous sommes, il nous a rendus capables de participer à la réalité même de Dieu.

Préparons nos cœurs à recevoir l’Esprit-Saint pour mieux vivre de sa présence.

Gabriel